Garches, désert médical ?

Si la formule est volontairement exagérée, elle n’est pas pour autant dénuée de sens.

Lorsqu’on évoque les déserts médicaux, on imagine un peu vite que le phénomène touche les campagnes, peu attractives pour les jeunes médecins ; et que la cause est essentiellement le départ en retraite des praticiens: médecins, infirmiers, etc …

Ce n’est pas faux ! Mais les déserts médicaux touchent également les agglomérations.

Ainsi, un praticien de 70 ans, installé à Nanterre, ne parvient-il pas à revendre son Cabinet, mis à prix … 1 euro ! les candidats font un petit tour et puis s’en vont !

A Garches … et pour une population d’environ 17400 habitants, on note que le nombre de médecins libéraux est passé de 16 en 2010 à 13 en 2011 puis 10 en 2019 ; soit un praticien pour 1 740 habitants alors que la moyenne nationale est de 1 pour 660 habitants, il est vrai répartis de façon inégale sur le territoire … on est donc aujourd’hui au tiers de la moyenne nationale !

Et l’on note la même tendance pour les dentistes, les gynécologues, les kinésithérapeutes, les infirmiers et infirmières libérales … (voir encadré), toutes professions dont les effectifs ont diminué au cours des dernières années … à l’exception des dermatologues et des ophtalmologues .

spécialités pour 1000 moyenne
nationale
10 médecins libéraux 0,5 1,5
9 chirurgiens-dentistes 0,5   0,86
4 ophtalmologues 0,25   0,1
2 dermatologues, 0,11   0,01
1 gynécologue pour 17400 hab,
dont 9 200 personnes de sexe féminin,
  0,1
pour 1000 femmes
  0,3
11 kiné 0,6   1,02
5 infirmières / infirmiers
libéraux
0,3   1,6

Garches n’est pourtant pas en zone rurale !

Mais la médecine de ville a beaucoup évolué en même temps qu’arrivaient les nouvelles générations de médecins …Le rythme de travail effréné – qui faisait partie de l’image de marque du médecin de famille – n’attire plus les plus jeunes, qui souhaitent des horaires plus réguliers, des congés … sans compter que la profession s’est beaucoup féminisée et qu’il faut concilier le travail et la vie de famille.

Ajoutons à cela une certaine lassitude devant les contraintes imposées par les instances médicales, liées à la nécessité de limiter les frais de santé au niveau national … et la faible rémunération des consultations, l’une des plus faible d’Europe … beaucoup envisagent donc une carrière salariée …

Les hôpitaux et autres cliniques sont pour ceux-là une bonne solution ; et Garches bénéficie d’un environnement hospitalier important, ce qui limite tant soit peu l’impression de désert médical que laissent entrevoir les chiffres de la médecine libérale.

Dans l’immédiate proximité, Hôpital Ambroise Paré à Boulogne (qui doit absorber dans les années qui viennent ce qui reste de l’hôpital Poincaré de Garches), Hôpital des 4 Villes à Saint Cloud, Antenne de l’institut Curie, également à Saint Cloud, Hôpital Foch à Suresnes, Hôpital Stell à Rueil Malmaison devenu SSR (Suivi de Soins et réadaptation), Hôpital Mignot à Versailles, Clinique du Val d’Or à Saint Cloud …

Et cela répond au réflexe des patients qui, parfois sans bonnes raisons médicales (dans 80% des cas !), se précipitent aux Urgences ; c’est que , outre les soins pris en charge par la Sécurité Sociale et la Mutuelle, on en ressort avec tous les examens et le traitement qui va avec !

Effet pervers du système de soins actuel : si les Urgences sont surchargées et les personnels en souffrance, l’Hôpital est financièrement intéressé par la multiplication des actes …

Reste à trouver la réponse à cette problématique à entrées multiples ! Si la politique de Santé est du ressort de l’Etat, cela n’interdit pas les initiatives locales.Si le salariat peut encourager les jeunes générations de médecins à s’investir dans des territoires déjà délaissés ou en voie de l’être, pourquoi ne pas travailler en ce sens ? l’essentiel étant d’assurer l’accès aux soins pour chacun.

La réponse peut tenir en une formule : installer une maison de santé pluridisciplinaire au niveau local. Mais la formule n’est pas magique ; elle nécessite d’une part un investissement de base puis un accompagnement financier pour garantir le revenu des praticiens qui viendront s’installer et la prise en charge par un secrétariat de la dimension administrative de cette activité … et pour ceux qui resteront libéraux – au sens traditionnel du terme – il conviendra d’adapter le tarif des consultations aux contraintes de leur pratique … sans mettre en péril le budget de la Sécurité Sociale

…Paradoxalement, cette pénurie de médecine de ville favorise l’installation d’un secteur paramédical très actif ; ainsi, à Garches, les cabinets d’ostéopathie sont passés de 7 à 14 ; et apparaissent les cabinets de naturopathie, sophrologie, réflexologie, méditation … dont les tarifs sont souvent très élevés et le remboursement partiel, voire nul !